Le soleil tourne autour de la terre…! Méfiez vous des évidences

Les indices ne varient guère depuis plusieurs semaines en Europe, encore moins à Paris qui plafonne vers 3400. Cela justifie notre prudence: la reprise boursière n’ est pas encore en vue. On ne peut que chercher des cas particuliers pour investir, mais non pas jouer une reprise des indices. Donc, il faut conserver son cash pour saisir des occasions.

En effet, depuis un an (voyez nos posts précédents), notre stratégie reste commandée par 2 certitudes:

1 : le sur-endettement des Etats et des ménages en Occident doit être résorbé avant qu’ une reprise durable de l’économie ne puisse s’ installer. Il pèse trop sur les revenus (de ceux qui ont un emploi…) en intérêts et remboursement du capital  pour laisser de la place à l’ épargne et à la croissance. Chacun ne songe qu’ à se désendetter et ceux qui n’ y songent pas ne trouvent plus de prêteur. Cela va prendre encore du temps, surtout que les USA( dont le rating est au niveau du nôtre)  ne feront rien avant leur élection de Novembre prochain.

2 : la « destruction créatrice » est en cours. Elle permettra la naissance d’ entreprises et de technologies nouvelles,  mais elle demeure freinée par la démagogie qui consomme de grosses sommes en pure perte et charge nos prix de revient. Des entreprises publiques ou privées en faillite sont soutenues aux frais des contribuables et donc du pouvoir d’ achat des travailleurs; elles détruisent de la valeur. Les affaires SNCM ou Sea France en sont de menus exemples; les comptes de grands « services publics » tels la SNCF ou Air France et de l’ Etat en sont d’ autres, beaucoup plus gros. Leur reconstruction est freinée par des pratiques contestables et dont on voit mal comment venir à bout. Car en France la réalité des pratiques politiques/syndicales demeure occultée comme le montre la censure du rapport Perruchot :  elles sont tombées à un degré de corruption qui devient inquiétant.  Autant pour des raisons morales que pratiques: ces moeurs compromettent la légitimité des pouvoirs publics à mener une politique ; et elles retardent la modernisation de l’ économie, la création d’ entreprises, et la compétitivité du « Standort Frankreich ».

Accessoirement, le risque d’une guerre dans le Golfe complique l’ analyse. On peut en attendre la hausse du pétrole qui pèserait sur la consommation,  la  fuite des capitaux vers le $ qui le ferait remonter au profit de l’ Europe mais au détriment des exports US, la reprise de l’ inflation ce qui n’ est pas en soi une mauvaise nouvelle, etc. Eléments contradictoires.

Ce blog n’ a pas pour objet de participer aux débats publics mais d’ en tirer les conséquences au plan de la gestion de notre épargne et de nos projets d’investissements. 

Conséquence première: le risque est  politique surtout en France : si le candidat sortant a pris la mesure du problème, celui du PS n’a clairement pas compris les enjeux. S’il gagne, il perdra du temps et de l’ argent dans une politique keynésienne dépassée avant de faire ce qu’ il faut, comme en 1984. Ce risque n’ est pas encore valorisé dans le marché. 

Pourtant, le temps commence à faire ses effets. L’aide de la BCE par le LTRO a permis aux banques de stabiliser leurs fonds propres après leur déconfiture de 2008 et à nouveau de 2011. Elles gagnent gros aux frais de leurs clients, mais augmentent leur capital sans appel public. Le système monétaire européen est sauvé, comme celui des USA. Le risque Grec est sous contrôle: les banques ont réussi à provisionner l’ essentiel de leurs créances (75%) et la sortie de la Grèce de la monnaie unique  n’est plus un souci pour la stabilité de la zone €. Le Portugal a su inspirer le respect aux allemands, comme l’ Italie et l’ Espagne. Ils recevront l’ aide nécessaire pour réorganiser leur gouvernance vers plus d’ efficacité et de transparence. Les agences de rating ont perdu une bonne part de ce qui leur restait de crédit après leur cotation des subprimes… Affaire de temps, mais le processus est en marche.

Donc un gros risque en moins. 

Les entreprises qui travaillent sur l’ Asie et les nouvelles puissances industrielles affichent des résultats excellents: Alcatel, l’automobile ( y compris Peugeot qui a souffert d’un accident industriel en fin 2011), luxe, Schneider, Air Liquide  EADS  etc… sont en pleine forme. Les rendements avant impôts de grosses entreprises sont attractifs ( Total par ex.). Leurs PER sont bas, plus que ceux de leurs homologues US. Toutes affichent une grande prudence sur leurs guidances 2012, mais il y a sans doute une part de pudeur vis à vis des opinions publiques…

Si, comme écrit ici depuis un an, la durée de la crise boursière est le tiers de la période de croissance précédente, on commence à se rapprocher de 2014 qui en marquerait le terme. Les variations quotidiennes ne semblent pas répondre à d’ autres raisons que celles de l’ animation des marchés par ses agents (ex.  cette semaine du 17/2), recherche d’un VIX faible pour récupérer la valeur temps des futures achetés/vendus par des spéculateurs).

Techniquement, les volumes ne sont pas revenus, donc les grands investisseurs( caisses de retraite et vie) sont encore absents. Les marchés demeurent aux mains des traders qui vendent de la volatilité et font des différences rapides sans référence au fondamental. Mais un creux soudain dû à une crise extérieure, telles la guerre ou des émeutes civiles, serait une bonne occasion d’ entrer sur le marché. Parce qu’il serait le 3ème : 2001, 2009 et donc le dernier dans un classique cycle boursier de long terme. 

 

Il est rare que des élections  modifient une politique de placement. Seule la politique fiscale  compte: les entreprises et les particuliers peuvent réorienter leurs décisions en conséquence. Mais fondamentalement, il s’agit toujours d’ investir selon le couple risque/rendement. Or le monde occidental est dans un cycle électoral. Conséquences possibles?

Hors de France, la crise financière continue.

Les USA n’envisagent  pas encore  de réduction des déficit publics. Il faudra attendre leur élection de Novembre. Le résultat importe peu. Déjà les agences de notation envisagent d’ abaisser à nouveau leur rating.  Et  la nouvelle administration quelle qu’ elle soit  n’ aura pas le choix. Des impôts nouveaux et des réductions de crédit sont à prévoir. Cela n’améliorera pas la consommation, ni l’ investissement. A quoi s’ ajoute le risque d’avoir à  financer une nouvelle guerre, après celles d’ Irak et d’Afghanistan: si elle se prolonge, son coût devra être supporté par d’ autres restrictions pour les classes moyennes/riches ?  et les autres budgets publics. Seule certitude: les USA ne pourront plus imposer un $ dévalué ni des dépôts forcés au reste du monde. Comme l’ avait fait Mr. Nixon en supprimant unilatéralement l’ étalon de change/or en 1971.  L’ Asie a les moyens de s’y opposer. Donc les USA feront comme les PIIGS et reviendront à l’ équilibre budgétaire d’une manière ou l’ autre. Cela marquera  un creux boursier, mais aussi le début d’un nouveau cycle de croissance, comme 1976 ou 1943 , avec le retour à une épargne positive.

En Europe, la nécessité du retour à la règle d’or semble acceptée en Espagne et Italie. Question de temps avant d’ en voir les résultats. L’Allemagne aura des excédents avant les autres. La Grèce ne pèse que sur le bilan de la BCE qui devra être reconstitué. Ca se fera au profit de l’ Allemagne et aux dépens des parts des autres actionnaires. Comme disait De Gaulle en Mai 1958, « le processus est en cours ».

Mais il y a le problème de la France. Son Président actuel a fini par comprendre  la nature des choses; il prend les mesures utiles. Mais sa présence n’ est pas assurée pour longtemps, contrairement à celle des autres responsables en Europe. Son éventuel successeur( pas plus que son parti ni ses alliés)  n’ a clairement  pas compris. En effet, il a parlé de remettre en cause les traités européens,  qui imposent la règle d’or de l’ équilibre des budgets de fonctionnement, sans préjudice de ses annonces de dépenses non gagées. Et de sa décision de non-action sur le coût du travail qui est le problème de base de nos économies. Les PIIGS avant leur déconfiture n’ avaient pas non plus compris.

Conséquence immédiate ? Le soutien bruyant de Mad. Merkel à Mr. Sarkozy. Il  est sans précédent en diplomatie. Elle a voulu « brûler ses vaisseaux ». Cela manifeste sa profonde inquiétude pour l’ unité de l’Europe dont dépend la prospérité allemande. Elle a ainsi clairement indiqué qu’ elle n’ apportera aucune aide au nouveau président avant qu’ il n’ ait publiquement accepté les traités et leurs conséquences. Donc qu’il ait renié ses promesses. Cela n’ est pas grave, mais ne se fera pas sans délai ni troubles; et entre temps, comme à l’ époque du 1er gouvernement de Mr. Mitterand, cela coûtera cher. Car les hedge funds joueront contre nos emprunts, comme pour la Grèce ou l’ Italie. La hausse de leur taux ruinera tout espoir d’ équilibre budgétaire. 50 milliards de plus si on monte au niveau de l’ Italie ces jours-ci. Déjà vu: en 1983 l’ Allemagne indiqua qu’une dévaluation exagérée du franc/DM, et des restrictions douanières unilatérales demandées par Mrs Chevènement et autres entraînerait la fin du Marché commun; le Président changea alors de politique  pour adopter un plan dit  » de rigueur ». Les spéculateurs ne nous laisseront pas autant de temps.

Conséquences: Pour les investisseurs, la France présente donc un risque politique. En 1981, la surprise de l’ avènement du « programme commun » avait entraîné un effondrement boursier de 40%; 3 séances sans pouvoir coter. Déjà Areva , Alstom et EDF sont sanctionnés au niveau de leurs emprunts. Bis repetita ? Jusqu’au résultat du 6  Mai, la bourse de Paris est à risque. Si ce risque se matérialise, il y aura gros à gagner quand le nouveau gouvernement se pliera aux règles de l’arithmétique et de l’Europe. Les cours doubleront en quelques semaines comme après 1983. La stratégie qui découle de ce raisonnement est simple: il faut être investi ailleurs. Et/ou  pouvoir faire du cash pour saisir cette bonne occasion. Cash is king

Quant à la crise économique, nous continuons à affirmer qu’elle suit son cours classique. L’endettement exagéré rend toute reprise de la croissance improbable aux USA et dans le reste de l’ Europe. ( Voyez nos posts précédents). Mais pas de crise en Asie ni Amérique du Sud, ni en Afrique, ni en Europe du nord. Cela offre de nombreuses occasions de placement, dans les entreprises qui y sont présentes. L’automobile en est un bon exemple: Renault payera son dividende par les seuls profits de Nissan, et capitalisera les autres provenant de ses nombreuses et prospères filiales étrangères. Faurecia affiche des résultats admirables. D’autres aussi avec EADS ou Alcatel. Un marché à deux vitesses. Les entreprises qui n’exportent pas ne seront pas à la fête.

Où investir si on est résident français?

 Plus que jamais, les portefeuilles doivent se concentrer sur les valeurs internationales. Et sur les cas particuliers de valeurs trop dépréciées/oubliées par les analystes des grandes banques. Mais pas par tout le monde : lisez le journal Bourse Plus (www.bourse.fr) . Ses analyses factuelles sont souvent des découvertes dont les résultats depuis plusieurs années, confirment la pertinence.

En tous temps, il y a quelque chose à faire.  Mais à court terme, il faut se préparer.